Dans la vie, j'essaye d'être une consommatrice responsable. Ca veut dire quoi en gros? J'ose croire que mon action de consommer est un acte réfléchi qui peut dans une certaine mesure soutenir ou influer certaines pratiques et valeurs. Ainsi j'ai choisi de consommer bio par exemple (alimentation et cosmétiques) parce qu'au vu des différentes études que j'ai pu lire, il semble que ce soit meilleur pour la planète, pour la santé des producteurs et enfin pour la mienne ; les pesticides et pertubateurs endocriniens n'étant à priori pas les meilleures substances pour augmenter notre durée de vie et fertilité. Je parle d'"études" parce que pour aller jusqu'au choix réfléchi, c'est à dire en toute connaissance de cause, je me heurte bien souvent à un obstacle de taille : mon ignorance. Et lorsque je veux y remédier, au manque d'informations disponibles ou visibles, car à l'heure du grand internet ou tout se trouve sur google, l'information souhaitée peut exister mais se retrouver cachée, noyée sous un flot d'autres informations mieux référencées. Ou trouver mon tissu bio et ma laine naturelle? Comment savoir si la teinture utilisée sur ces matières n'a pas été extrêment polluante? Si les bonnes adresses commencent très doucement à circuler sur ce sujet en Europe, elles sont pratiquement inexistante dans mon pays (le Brésil) et je ne trouve pas ça très cohérent de faire faire plus de 8000km à ces produits européens pour arriver jusqu'à chez moi alors que j'ai des producteurs locaux... Bref, cette ligne de conduite que je me suis fixée s'apparente plus à un casse-tête quotidien et n'est pas des plus facile à tenir.

S'il y a un domaine ou je pensais être dispensée de "lire les étiquettes", c'était bien celui des créateurs de patrons couture et tricot! Je pouvais choisir de consommer français (ou autre!) tout en soutenant le travail et l'entreprise d'un créateur et entrepreneur. Bref, j'étais fière de moi, surtout lorsque en bonus certains créateurs affichent certaines valeurs d'écologie et impriment leur planche sur du papier recyclé (Deer and Doe).

Mais voilà, depuis quelques jours une histoire secoue la blogo couture : la démonstration par Biquette du supposé plagiat (perso je suis convaincue de la chose mais je ne sais pas si en termes juridiques j'ai le droit d'utiliser l'affirmation ou si je dois garder le principe de "présomption d'innocence") des chemises Mister et Mythique de Aime Comme Marie en quatre articles :

Copie conforme

 

Les mystères de Marie

Une affaire mythique

La copie, l'inspiration, le travail, le crédit

Les témoins sont appelés à la barre

Si ce n'est déjà fait, je vous laisse en prendre connaissance et vous faire votre propre opinion du sujet.

EDIT du 29/03/15 : ces liens ne fonctionnent plus mais des copies d'écrans ont été mises en ligne par un(e) internaute inconnu(e) ici. EDIT du 19/04/15 Biquette, aliais Vicomte de Boisjoly a également réédité ses articles ; voila celui sur la chemise Aime comme Mythique et la Chemise Homme Aime comme Mister 

Et même si c'est vrai, mais de quoi j'me mèle?

Il se trouve que je me trouve concernée parce que je suis une consommatrice de ses patrons : lorsque j'ai commencé à coudre, je n'y connaissais fichtrement rien et j'apprenais tout en autodidacte avec quelques catastrophes à la clé, de quoi bien vite se décourager. A l'époque, les livres japonais, révolutionnaires avec leur explications dessinées et schématisées m'ont apportée la lumière dans la brume des explications burdesques (dont je suis restée une fidèle acheteuse tout de même #bubuforever). Sont arrivées deux créatrices françaises : Deer and Doe et Aime comme Marie avec des modèles plus actuels et cintrés et surtout, des livrets d'explications! Je me trouve donc flouée et trahie car j'ai alors acheté un patron de chemise Mister que je pensais une création "originale" alors que j'ai déjà le livre dont il serait issu... Me sentir arnaquée quelque soit la somme que je paie, perso, je n'aime pas ça.

On en fait toute une histoire, mais bon, le plagiat, c'est si grave que ça?

Lorsqu'on parle des sweatshops, vous savez ces usines ou sont produits dans des conditions de travail déplorables ces tonnes de frigues pas chères et tellement mode qu'on adore dont sont remplies nos grandes enseignes de prêt-à-porter? Eh bien ça c'est légal et c'est à vous de vous arranger avec votre moralité pour choisir si vous voulez porter ce type de vêtement produits dans la douleur et cautionner ce genre de pratique. 

Le plagiat lui, il n'y a pas de débat à savoir si c'est immoral ou pas, c'est juste illégal, point. Le droit d'auteur français et européen existe et ne pas le respecter revient à voler la propriété intellectuelle d'autrui. T&N avait publié en 2013 un article sur le droit et la création très bien expliqué pour savoir ou se situe la limite (les commentaires sont aussi enrichissants que l'article).  

Pour moi, à partir du moment ou l'on parle de vol et d'illegalité, je pensais le plagiat allait être lourdement condamné par tous sans autre argumentaire ou débat. Et je suis quand même très étonnée de remarquer que ce n'est pas le cas. Les conséquences de cette pratique semble être minimisée, voire presque rendues acceptables et puis en plus, c'est pas nouveau, il y en a dejà eu, il y en aura encore, y'a plus grave dans la vie, alors bon, pourquoi faire autant de vagues?

Effectivement, les pratiques du plagiat ne sont pas cantonnées à la sphère de la création, le journal Le Monde dédie même un article à ces nouveaux faussaires. Dans notre bulle à nous, Deer and Doe en a déjà été victime et SALME patterns à-priori également (Fin 2014 une autre marque aurait repris certains de ses modèles pour les proposer gratuitement à coup de grosses communications marketing sur instagram). Quand les choses ne se règlent pas à l'amiable, il faut malheureusement se tourner vers la justice et celà semble être un véritable parcours du combattant outre l'investissement en temps et en argent. Les Folles Marquises, elle aussi victime, le raconte sur son blog. De plus il semblerait que ce soit aux auteurs plagiés de reconnaître le méfait et d'intenter une action en justice. Quelles sont les probabilités que cette histoire arrive aux oreilles de Monsieur Shimazaki un jour (peut être que les probabilités sont un peu plus grandes pour Madame Bubu)? Et parce que tant qu'il n'y a pas de condamnation, on reste présumé innocent, je pense que Aime comme Marie a tout intérêt à continuer sa stratégie actuelle : "on dit rien et on attend que la tempête passe..." Tasticottine met le doigt sur ce qui me dérange : Le problème avec le silence de Marie. En bref, la triste moralité, soulignée dans l'article d'Apolline Point, de cette histoire pour le créateur est souvent de ne rien faire... Car aurait-il vraiment gagné au final au vu des sommes d'argent investies et de son temps déployé (qui n'est donc pas utilisé à créer) pour faire retirer la copie du marché? (Imaginez si en plus il vit à l'étranger et ne parle pas le français...).

Quelles conséquences le plagiat a t'il vraiment sur le monde de la création? Je parle de ces entrepreneurs et créateurs/artistes/artisants qui essaient de vivre de leurs créations (et pas de nous petit(e)s bloggeuses/bloggeurs du dimanche)? Très concrètement, ils se retrouvent face à une concurrence déloyale (avec tous ceux qui ne se déclarent pas), ont du mal à vivre de leur travail, parfois choississent d'arrêter (à lire cet article et tous les liens de témoignages associés). Nous qui adorons ce monde là, voulons nous vraiment un appauvrissement de la création, avec juste des copies améliorées (ou pas d'ailleurs) ou légèremment modifiées de ce qui existe déjà?

Et maintenant que tout est dit, on fait quoi?

La même honnêteté que je mets à vous présenter mes diverses réalisations (réussies ou pas) ici sur ce blog, je souhaite également vous transmettre cette information que je juge importante afin que vous aussi ayez la possibilité de consommer ce qui vous plaît en toute connaissance de cause. J'aurais aimé pouvoir vous proposer d'autres articles présentant une argumentation contraire à celle de Biquette, voire encore mieux, une réponse de la principale intéressée, mais à ce jour, je n'en ai pas trouvé. N'hésitez pas à me le signaler s'il en existe, je mettrai ce billet à jour.

(EDIT du 28/01/15 : voici une réaction - que je n'arrive pas à nommer réponse - de Aime comme Marie sur son blog

EDIT quelques heures plus tard : Aime comme Marie a elle aussi posté un EDIT à son article en présentant enfin sa position)

Outre vos choix de consommation, j'espère également vous avoir fait prendre conscience de la responsabilité que nous avons également à notre échelle de citer nos sources et de valoriser le travail qui ne nous appartient pas lorsque nous nous inspirons d'autres artistes ou créateurs...

D'autres avis sur la blogo : Topic Plagiat - forum T&N

 

EDIT du 06/02/15

Réecrire un article sur le sujet me semblerait un peu de trop mais je ne peux m'empêcher de partager quelques liens d'articles avec des nouveaux "rebondissements" de l'affaire MCM (et pour reprendre l'expression de Saki, j'ai un peu l'impression de suivre la série "Blogo, ton univers impitoyaaaaaaable") : MariePoisson met en lumière avec un jeu des 7 différences la probable origine des motifs des tissus MCM (le lien ne fonctionne plus - l'article ayant été retiré après une plainte déposée à l'encontre de MariePoisson), Madebyviou souligne que les patrons japonais sont décidément une source d'inspiration quasi inépuisable (ces deux derniers articles me font réfléchir sur la limite entre inspiration et copiage : ou s'arrête l'une, ou commence l'autre? Je reprends un exemple cité dans un forum et qui me paraît très pertinent : La Charlotte skit de By Hand London et la Ultimate pencil skirt de Sew Over It sont basiquement toutes les deux des jupes crayons. Pour autant, leur constructuction et leurs détails sont très différents ; la question du plagiat ne se pose donc absolument pas). L'article de Clo soulève une question chez moi avec laquelle je ne me sens pas forcément à l'aise : j'ai certes décidé de boycotter à l'avenir cette marque que je trouve malhonnête, mais que faire des patrons déjà en ma possession (et qu'après tout j'ai payé pour certains, ou qui sont un cadeau pour d'autres?) Dois-je les brûler? (On se s'emballe pas, c'est une blague, jsuis pas folle quand même avec ces alarmes incendie devenues obligatoires...). Non mais en vrai, si j'ai envie d'en réaliser un et que je souhaite rester cohérente avec moi-même, je dois éviter de les bloguer, ou en contraire en parler pour éviter que cette triste histoire ne tombe dans l'oubli? Bref, pour aller plus loin, j'ai également trouvé quelques réflexions très intéressantes sur la couture et la créativité, la différence entre copie et inspiration et le droit d'auteur

Enfin, parce que les forums c'est bien, mais c'est encore mieux de vérifier les infos à la source, je vous encourage à lire les infos de l'INPI (l'autorité qui gère la propriété industrielle et intellectuelle en France) sur la définition d'une contrefaçon et comment éviter d'être contrefacteur? (parce que réellement "de bonne foi" on peut l'être malgré soi)

 

EDIT du 29/03/15

Certains liens présentés dans cet article ne fonctionnent plus. En effet, certaines blogueuses ont reçu, via leur hébergeur, une lettre d'avocat de la part de la créatrice d'Aime Comme Marie leur intimant de supprimer tout ou partie de leurs articles et commentaires touchant le sujet. Une plainte pour diffamation est également en cours. Si je suis complètement d'accord sur le principe de se défendre lorsqu'on s'estime floué (heureusement! La France est une démocratie et un pays de droit), je suis profondément attristée du procédé employé. Quelque que soit le litige, il est toujours beaucoup plus intelligent de se tourner vers une voie amiable en premier lieu que directement vers la justice, ne serait-ce que pour éviter par exemple un effet pervers comme celui de Streisand illustré avec la blogueuse de cette histoire (merci internet de me rendre chaque jour un peu moins bête) ou pour rentrer dans le vif du problème : le bad buzz. Les éditions de Saxe et les éditions Burda ont été prévenues ; m'est avis que la lumière sur cette affaire sera bientôt faite, avec malheureusement quelques effets collatéraux au passage... Cette histoire m'aura donné des leçons à tirer fort intéressantes, notamment sur la responsabilité d'un blogueur et que faire lorsqu'on reçoit un courrier d'avocat (Maître Eolas vous explique tout : "Pas de Panique, Prudence et une Tasse de thé")

 

EDIT du 01/05/15 : "Blogo, ton univers impitoyaaaableeeeuux" - Saison 2

Après la chemise Aime comme Mythique et sa curieuse soeur jumelle N°105 du burda de sptembre 2009, il semble donc totalement banal et courant que deux patrons de marques différentes puissent arriver à se surperposer au millimètre près. La preuve : c'est le cas de la jupe Aime Comme Mini avec la mini jupe n°2 du Hors Série Burda couture facile A/H 2010 et du top Aime comme Mulpep avec la robe 122 du magazine Burdastyle de juin 2012. Si Burda n'a pour le moment pas réagi publiquement à l'affaire - après tout c'est normal, les planches de patronnage sont communes à tout le monde - les éditions de Saxe ont aimablement demandé à retirer la chemise Mister de la boutique Aime comme Marie. La encore rien d'alarmant attention, les "similitudes ne sont que partielles" mais à priori jugées suffisantes justifier leur demande - qui a été appliquée car le patron n'est plus en vente. Beaucoup de bruit pour beaucoup de banalités donc. Il n'y a peut être que la créatrice Helen Darlick qui a été surprise de voir le succès de l'un de ses motifs repris sur des rouleux de tissu à son insu...

editions de saxe - chemise Mister

Commentaire extrait de la p71 du topic "plagiat" sur le forum T&N

Ici s'achève l'épisode 1... le prochain épisode parlera-t-il plus en détail de l'Article 6, I, 4° de la loi 2004-575 du 21 juin 2004“Le fait, pour toute personne, de présenter aux [hébergeurs du site] un contenu ou une activité comme étant illicite dans le but d’en obtenir le retrait ou d’en faire cesser la diffusion, alors qu’elle sait cette information inexacte, est puni d’une peine d’un an d’emprisonnement et de 15 000 EUR d’amende"? A moins qu'on parle du cas Must-have qui risque un nez à nez avec son clone, le haut 113 du Burda de Juillet 2011